Nous avons beau le répéter à nos clients qu’une mousse abondante n’est pas nécessairement synonyme d’une meilleure efficacité nettoyante. La qualité de nettoyage dépend avant tout des propriétés tensioactives du savon. Malheureusement elle reste l’une des caractéristiques les plus appréciées par la majorité lors de son utilisation.
La quantité et la qualité de la mousse dépendent principalement de la composition en acides gras des huiles utilisées lors de la saponification. Les huiles riches en acide laurique produisent une mousse abondante, légère et rapide à apparaître. À l’inverse, les huiles riches en acide oléique donnent une mousse plus discrète mais souvent plus crémeuse et douce.
Lors de la réaction chimique, l’acide laurique réagit avec la soude pour former du laurate de sodium. Cette molécule possède deux parties :
- une tête hydrophile qui attire l’eau ;
- une queue lipophile qui attire les corps gras et repousse l’eau.
Cette structure permet aux molécules de s’aligner à l’interface entre l’eau et l’air. Elles réduisent alors la tension superficielle de l’eau, ce qui facilite la formation de bulles.
Acide laurique+NaOHLaurate de sodium+H2O
D’un point de vue physico-chimique, la chaîne carbonée de l’acide laurique comporte 12 atomes de carbone (C12). Cette longueur est considérée comme optimale pour produire une mousse abondante et rapide. Les savons issus d’acides gras plus courts donnent souvent une mousse moins stable, tandis que ceux issus d’acides gras plus longs ont tendance à mousser moins facilement.
Les molécules de laurate de sodium s’organisent autour des bulles d’air et forment une fine pellicule qui les stabilise. En savonnerie à froid, l’acide laurique est donc recherché pour trois raisons principales :
- il génère une mousse abondante rapidement ;
- il maintient un bon pouvoir moussant même en eau froide ;
- il améliore le pouvoir nettoyant du savon.
L’acide laurique est un acide gras saturé présent principalement dans l’huile de coco. Dans un savon saponifié à froid, l’huile de coco est souvent utilisée entre 15 et 30 % de la formule. Cette proportion permet d’obtenir un bon équilibre entre pouvoir moussant et douceur.
Les savons riches en acide laurique conservent généralement leur capacité moussante même en eau froide. Ainsi, les huiles riches en acide laurique permettent d’obtenir des savons saponifiés à froid offrant une mousse généreuse, stable et agréable à l’utilisation.
À part l’huile de coco, plusieurs huiles et matières grasses sont riches en acide laurique :
- Huile de palmiste (issue du noyau du fruit du palmier à huile) : c’est l’alternative la plus proche de l’huile de coco. Elle contient généralement entre 45 et 55 % d’acide laurique et produit une mousse abondante dans les savons.
- Huile de babassu : extraite des graines du palmier babassu, originaire d’Amérique du Sud. Elle contient environ 40 à 50 % d’acide laurique et offre des propriétés très similaires à celles de l’huile de coco, avec une mousse riche et crémeuse.
- Huile de tucuma : issue d’un palmier d’Amazonie. Elle contient une proportion notable d’acide laurique, bien que généralement inférieure à celle du coco ou du babassu.
- Huile de cohune : provenant des noix du palmier cohune d’Amérique centrale. Sa composition est proche de celle de l’huile de coco, avec une teneur élevée en acide laurique.
Voici une idée de la teneur en acide laurique de ces huiles :
Huile | Acide laurique (%) |
|---|---|
Huile de coco | 45–53 % |
Huile de palmiste | 45–55 % |
Huile de babassu | 40–50 % |
Huile de cohune | 40–50 % |
Huile de tucuma | 25–40 % |
Ainsi, la mousse d’un savon saponifié à froid résulte d’un équilibre entre les teneurs en acide gras, la nature des huiles utilisées et les concentrations d’utilisation. Une formule bien conçue permet d’obtenir une mousse à la fois généreuse, stable et agréable, tout en respectant l’équilibre naturel de la peau en synergie avec les autres huiles.
